La forge dans l’âme : entre feu, acier, et bois, Thomas Barbier Lambert partage sa passion de la coutellerie d’art

Plongeons dans l’univers fascinant de La Forge dans l’âme avec Thomas Barbier Lambert, un forgeron coutelier passionné. Entre feu, acier et bois, Thomas crée des couteaux d’exception, alliant savoir-faire traditionnel, matériaux uniques et une touche artistique distincte. Dans cette interview, il dévoile les secrets de son processus de fabrication, sa quête de matériaux atypiques et l’importance de la personnalisation dans son métier. Chaque couteau raconte une histoire forgée avec passion et précision.

Parlez-nous de l’histoire de La Forge dans l’âme. Qu’est-ce qui vous a inspiré à créer votre entreprise de coutellerie d’art ?

Thomas Barbier Lambert : L’aventure de La Forge dans l’âme a commencé en avril 2016. Après avoir travaillé pendant dix ans comme bardeur/étancheur, ma passion pour les métiers manuels et les créations uniques a pris le dessus. Mon parcours m’a amené à développer des compétences variées autour du bois, de la marqueterie, du tournage sur bois, et même la fabrication de didgeridoo et kalimba.

En rencontrant Claude L’Hyver, mon « père de forge », quelque chose a cliqué. Cette rencontre a donné naissance à une belle amitié et surtout à ma vocation. Travailler le feu, l’acier et le bois offre des combinaisons infinies dans un savoir-faire riche. Ayant toujours été attiré par les métiers et les outils anciens, apprendre la coutellerie d’art est devenu une évidence.

Pouvez-vous nous décrire le processus de fabrication de vos couteaux ? Quest-ce qui rend vos créations uniques ?

Chaque couteau que je crée passe par plusieurs étapes minutieuses. De la forge à la finition du manche, en passant par les traitements thermiques, chaque détail est réalisé entièrement par mes soins. J’utilise principalement de l’acier au carbone, en particulier le XC75, pour ses propriétés de coupe exceptionnelles.

Ce type d’acier présente une structure plus fine et moins dure que l’acier inoxydable. Cela se traduit par un tranchant de couteau beaucoup plus performant, une coupe remarquable et un aiguisage facilité. Je forge également d’autres aciers au carbone dans une optique de récupération, en utilisant des matériaux tels que d’anciennes limes, ressorts, vérins, fusils, dents de râteleuse, sous certaines conditions.

Ce qui rend mes créations uniques, c’est l’attention portée à chaque étape du processus de fabrication, combinée à la diversité des matériaux utilisés.

En parlant de diversité, vous proposez des journées découverte pour apprendre la base de la forge/coutellerie. Pourquoi avez-vous décidé dintégrer cette dimension pédagogique à votre activité ?

L’esprit de partage est au cœur de ma démarche. La coutellerie d’art est un métier fascinant, et je souhaite transmettre cette passion à d’autres. Les journées découverte offrent l’opportunité à ceux qui le souhaitent de venir observer et apprendre les bases de la forge et de la coutellerie d’art. Ils peuvent même repartir avec une création qu’ils ont réalisée dans la journée.

C’est une façon pour moi de contribuer à la préservation de ces savoir-faire traditionnels et de susciter l’intérêt pour les métiers manuels.

Pouvez-vous nous parler davantage de la sélection des matières premières pour vos créations ?

Le choix des matériaux est crucial pour garantir la qualité et l’unicité de chaque couteau. Tout commence par un dessin à l’échelle 1:1 du couteau, suivi du choix des matières en fonction du cahier des charges. Je privilégie les aciers dits « au carbone », en particulier le XC75, pour leurs propriétés de coupe exceptionnelles.

En ce qui concerne les manches, je m’efforce de créer des pièces uniques en utilisant des bois atypiques. Rien ne se perd, tout se récupère. Je recherche activement des bois aux détails remarquables, tels que les loupes, les racines, les ondes, les ronces, et d’autres « défauts » qui, selon moi, sont ce qu’il y a de plus beau.

Je récupère également des bois plus rares, comme le morta, un chêne breton sorti des marais après avoir reposé pendant 7 600 années. De plus, je propose des manches en croûte d’ivoire fossilisé de mammouth, provenant de la Yakoutie, ce qui ajoute une touche unique et respectueuse de l’éthique. Il est essentiel de respecter ces matériaux exceptionnels. Ma forge à gaz fonctionne au propane, et lors du traitement thermique de l’acier, j’utilise de l’huile végétale, précisément de l’huile de pépin de raisins. Chaque étape, de la forge à l’usinage des lames au backstand, est réalisée avec minutie pour préserver les caractéristiques des matériaux.

En ce qui concerne lentretien des couteaux, pourriez-vous donner quelques conseils pratiques à nos lecteurs ?

Pour préserver la qualité de votre couteau, je recommande de l’essuyer après chaque utilisation, car l’acier peut s’oxyder s’il est exposé à trop d’humidité. Le lavage se fait toujours à la main, sans produit vaisselle, sous un filet d’eau, en évitant de mouiller le manche. Le lave-vaisselle est strictement interdit.

Pour l’aiguisage, je déconseille l’utilisation de tourets ou de « fusils ». La meilleure méthode est l’utilisation d’une pierre mouillée à l’eau, avec une surface plane et un grain très fin. Une attention particulière doit être accordée à l’angle du tranchant.

En ce qui concerne les manches en bois, ils nécessitent peu d’entretien, mais il est recommandé de les nettoyer avec un chiffon légèrement humidifié et de les nourrir occasionnellement avec une goutte d’huile végétale.

Enfin, pouvez-vous partager vos projets pour La Forge dans l’âme ?

Actuellement, mon activité se développe principalement grâce à la création de couteaux sur mesure et aux journées stages découverte. Je souhaite continuer à répondre à la demande croissante de personnalisation, en offrant des créations uniques qui correspondent aux attentes spécifiques de chaque client. Je participe également à des marchés dédiés à l’artisanat. Cependant, je reste pleinement concentré sur la satisfaction de mes clients et le plaisir que je tire de mon métier.