Cette artiste peintre étonnante nous plonge dans son univers pictural où le passé et l’avenir se heurtent et se muent en un monde imaginaire qui fracture l’espace et le temps. Rencontre.

Paysages ruiniformes, formes géométriques, références mythologiques… Tels sont les sujets de prédilection d’Annie Raveau-Pinon. Cette native de Montrichard a vécu sa jeunesse en Sologne dans une maison au coeur des forêts et des étangs. Créative et rêveuse, elle se passionne depuis toujours pour la peinture, s’exprimant dans une abstraction figurative ornée de volumes.
« J’aime la notion d’immensité de l’univers dont nous ne savons rien. », explique-t-elle. Colonnes, rotondes, rochers suspendus, végétations morcelées… Ses oeuvres semblent à la croisée de Salvador Dalí et de Giorgio de Chirico. Rien d’étonnant. Le premier l’a inspiré pour les fissures, le second l’a séduit par ses ombres en lumière. Hubert Robert s’invite tout autant à travers ses ruines fleuries.
Dérives des songes
Cette virtuose de 75 ans laisse ainsi vaquer son pinceau vers l’espace et les planètes dévastées. Sa série Les Sentiments, comme L’Amour ou La solitude, est née du fait qu’elle était une enfant de remplacement.
« J’ai vu le jour pour remplacer un bébé mort avant moi. », confie-t-elle. « La toile Le désespoir représente celui de ma mère qui n’a jamais fait le deuil de ce garçon. »
Avec Les paysages dans l’univers, les parallélépipèdes symbolisent le monde futuriste.
« Je voulais tout faire dériver. J’ai puisé dans mes voyages en Grèce, mais en visitant Le Louvre dans la civilisation grecque, j’ai découvert une stèle funéraire de 500 ans avant J.-C. Pinon, mon nom de jeune fille, était gravé sur l’un des Olympiens. Cela m’a marquée. »
Ainsi, le temps n’est plus. Tout se mélange et navigue vers l’inconnu. À travers Voyage vers le Néant serein, elle puise dans le ru de son enfance. « Je jouais avec ma fratrie près d’un petit ruisseau, le Néant, qui traversait la demeure familiale. Je vivais une période difficile quand je l’ai peinte, mais j’y ai ajouté le mot « serein » en souvenir de ces moments revigorants. »




Au coeur de la nature
Annie Raveau-Pinon a en effet grandi dans une propriété qui appartenait au comte de Pommerol à Nouan-le-Fuzelier.
« Nous vivions dans une ancienne ferme. Une belle bâtisse en torchis, en briques et en poutres, avec des granges, des chenils, un garage et un atelier de bricolage pour mon père, qui officiait comme garde fédéral. Et surtout, un très beau puits. On courait sur les pontons vétustes, on se baignait dans l’étang qui nous était interdit. Nous étions isolés en plein bois, en sécurité. »

Son côté rêveur, elle le tient d’ailleurs de sa mère. « Pour ne pas s’approcher du puits, elle nous disait qu’un croque-mitaine s’y cachait. », raconte-t-elle en riant.
Aujourd’hui, Annie Raveau-Pinon est retournée à Montrichard, mais reste imprégnée de la Sologne. Elle prépare notamment une série sur les étangs du passé.
« À l’époque, nous ne pouvions pas faire le tour des Lévrys. La famille de Pommerol a vendu la propriété et l’étang à la commune de Nouan qui a depuis aménagé l’arrière. Cela reste un mystère pour moi et j’ai très envie d’aller voir… »
Contact
Annie Raveau-Pinon
annie-raveau-pinon.fr
Texte : Nathalie Dassa
Photos : Annie Raveau-Pinon




