DANS L’USINE À MERVEILLES DE SÉBASTIEN SALAMAND

Le photographe et réalisateur nous plonge dans son univers fantasmagorique baigné de couleurs qu’il fabrique de A à Z dans son studio de création à Contres, puisant son imaginaire chez George Méliès, Tim Burton et Jean-Pierre Jeunet. Rencontre.

Sébastien Salamand, alias Le Turk, est un maître à créer et à inventer. Ce dessinateur et musicien de formation, qui a grandi à Romorantin, s’est lancé dans la photographie en 2010. Depuis lors, il fait rêver à travers ses récits visuels oniriques, baroques et burlesques. 

Son déclic ? Amadeus (1984) de Milos Forman. « J’ai découvert ce film en CM1. La notion de création m’a fascinée. », explique-t-il. « Pour moi, la musique est tellement abstraite qu’il est facile d’établir des règles et de voir ce qui fonctionne. Certaines de mes images naissent en écoutant Bach ou William Sheller. » 

Ce faiseur d’illusion, tel un héritier de Méliès, de Burton ou de Jeunet, a ainsi concrétisé sa vision dans la photographie et la cinématographie.

« Je regardais des films en pyjama chez un de mes amis qui tenait un cinéma, puis je prenais le vélo en traînant dans les rues en pleine nuit. J’achetais une pizza que je mangeais au bord de la Sauldre. C’était ma petite ville-monde, que je remets dans mes oeuvres. » 

Univers magique

Passé par Paris et l’Allemagne, il a décidé de revenir en terre solognote. Après son studio de 60 m² à Cheverny en 2018, il a posé ses bagages dans un espace de 350 m² à Contres en 2021, tout en vivant à Chémery afin de séparer vie et travail. 

« L’arrivée de nouveaux projets de clips et de courts métrages m’a poussé à déménager. J’ai été présenté au maire de Contres qui, avec toute son équipe, m’a trouvé ce lieu. Je savais que j’allais bifurquer vers la fiction. J’ai fait le pari de tout fabriquer de chez moi. »

Depuis quinze ans, il multiplie ainsi les secteurs entre mode, art, publicité et cinéma.

« La photographie m’a permis de créer mon monde. On part chiner des accessoires dans les brocantes, on découvre le polystyrène, on construit et on comprend qu’on peut fabriquer ce qu’on veut. Je suis fasciné par le faux et le semblant, cette idée d’assumer le décor factice et de jouer avec. » 

Façonner les imaginaires

Quand on lui demande ce qui l’anime en Sologne, il répond posément : 

« C’est une région mystère, nourrie par l’histoire de France. Le château de Blois a accueilli la monarchie française, Romorantin a vu François 1er, Jeanne d’Arc est passée à Selles-sur-Cher. Tout me fascine ! Des légendes autour du diable à Saint-Viâtre, une ville fascinante par sa bizarrerie. C’est un pays de sorcières. » 

Il entrevoit d’ailleurs des changements. « Les villes deviennent suffocantes. La province va faire éclore des projets, demandant souplesse dans le mobilier et écoute des collectivités. » 
Laura Salamand ajoute sa pierre à l’édifice. Épouse et alter ego, elle a fondé la société et gère la production, le décor, le stylisme et la direction artistique. 

« Elle a transformé l’activité artisanale en véritable entreprise. », confie-t-il
De même, le court-métrage À l’envers, qu’ils ont réalisé à deux, a remporté le Prix de la mise en scène au Nikon Film Festival en avril dernier.

Aujourd’hui, le couple ambitionne de faire de l’usine à merveilles un lieu de création protéiforme et développe plusieurs projets. À commencer par la première bande dessinée de Sébastien Salamand, Dead Train ou La prophétie de la vierge noire, prévue en janvier 2026 (Éd. Petit à Petit). Ils préparent aussi deux longs métrages, en live action et en stop-motion. 

« Ce studio est une lettre d’amour à ma région. Toute ma création est un hommage à l’endroit où j’ai grandi, à la Sologne. »

Contact
Sébastien Salamand
Site : www.leturk.com 
Instagram : @leturkphotographies

Texte : Nathalie Dassa
Photos : Courtesy of l’usine à merveilles / Sébastien Salamand alias le Turk