La quête du céladon

Il y a quarante ans, le céramiste Jean-François Fouilhoux installait son atelier à Mont-près-Chambord. La maison de pierre blanche, en lisière de forêt de Russy, abrite aujourd’hui une vie de famille. Les petits enfants se plaisent à jouer au jardin, où trônent une quantité incalculable d’œuvres sorties du four, qui n’ont pas trouvé grâce aux yeux de l’artiste exigent.

Comme il fait la cuisine pour ses petits-enfants, il confectionne sa pâte dans un pétrin de boulanger, ajoute l’eau et les minéraux. Il s’amuse de voir la matière prendre forme sous l’effet du kaolin, des feldspaths et du quartz, et se jouer aussi parfois de ses attentes. « J’aime la cuisine, reconnait Jean-François, on mélange des produits naturels et on allume le feu ». Mais comme un soufflé qui s’obstine à ne pas monter, il arrive que la « terre » n’en fasse qu’à sa tête. « Il faut accepter de perdre ». Alors le céramiste jette des milliers de pièces préparatoires, parfois une fournée entière.

L’émail est une science

Il faut dire que les oxydes ne se domptent pas. Si Fouilhoux parle du « chant de la terre », c’est pour exprimer que la matière réagit au gré de ce qu’on lui impose.

Il la tranche avec une lame, comme une signature qu’il imprime, d’un mouvement qu’il donne en moins de dix secondes à la terre. « La trace de cette lame est comme sacrée, dit-il. Il faut respecter l’instantanéité du geste ». Alors ses réalisations sont autant de pièces en mouvement.

En ce moment, la passion qui l’anime, c’est le Céladon. Par le jeu de l’oxyde de fer, le mélange prend des couleurs qui vont du vert clair savamment bleuté, au vert olive.  « Cet éventail de couleurs est le fait de la « cuisson en réduction », explique l’artiste au langage presque scientifique. C’est-à-dire en absence progressive d’oxygène. J’ajoute alors de l’ocre jaune ou de l’argile de Normandie », s’amuse encore Jean-François qui se plait à expérimenter.

Manufacture de Sèvres

Membre permanant de la galerie Capazza à Nançay, Fouilhoux est de ces artistes majeurs, de renommée mondiale. Il a exposé chez les plus grands, à commencer par le musée de la céramique de Jingdezhen en Chine. Rappelons que c’est dans l’Empire céleste justement, durant la période Song, en l’an 900 de notre ère, que furent travailler les premières terres sous cette forme. « Je travaille dans l’esprit de ces gens là, avec la démarche rudimentaire de l’empirisme ». C’est sans doute cette recherche de chaque instant et la curiosité du bonhomme, qui suggèrent l’admiration des spécialistes.

Fouilhoux est présent aux musées Ariana de Genève, des Arts décoratifs de Paris, Shimana au Japon, Art&design de New-York, Fletcher-Collection en Nouvelle-Zélande, et bien d’autres de part le monde. Une magnifique reconnaissance, pour cet homme aussi attachant que généreux, au regard pétillant quand il parle de son travail. Gamin, il rêvait déjà de travailler la porcelaine. À treize ans il entrait dans un atelier, et à l’aube des années 60, aux Arts-Appliqués, où il suit les cours du sculpteur Volti et plus tard, ceux du graveur Vogensky.

Jean-François Fouilhoux fut aussi trois années résident de la Manufacture de Sèvres. Il vit de sa passion et débute en modelant de la vaisselle. « Un parcours d’expérience, dit-il, au gré duquel tout s’est peu à peu mis au point ».