Chapeau rivé sur la tête et sweat à capuche, Robert Charles Mann contemple la Loire, le soleil qui décline et la lumière qui change. Son délicieux accent trahit ses origines américaines, importées à Chaumont-sur-Loire, où il vit depuis vingt ans. Ce très grand artiste, photographe et musicien, est reconnu dans le monde entier pour ses talents multiples.
Robert Charles Mann est né en 1960 dans le Wisconsin, sur les rives du lac Michigan, d’un père photographe et d’une mère concertiste, qui lui enseigne la musique. Il grandit bercé par les préludes de Frédéric Chopin.

« Mon père, quant à lui, avait construit une chambre noire à la maison. Dès l’âge de 8 ans, je développais ses prises de vue. » Tireur avant d’être photographe, son parcours est rare et donnera naissance à un Robert Charles Mann, spécialiste réclamé par les plus grands studios, les photographes de mode et de cinéma.
C’est pourtant la musique qu’il part étudier au Musicians Institute de Los Angeles et d’autres académies prestigieuses. Il passe dix ans à Hollywood, voyage, rencontre sa femme à New York mais revient travailler en Californie. « J’aime la musique, dit-il, mais à cette époque c’est la photo qui me faisait vivre. » De l’art d’exploiter et d’optimiser un film négatif : « Je me souviens d’un test que m’avait imposé le directeur d’une agence avant de m’engager. Il m’a tendu deux négatifs, l’un très bon, l’autre pas, et m’a demandé d’en faire le même tirage papier. » À ce niveau d’exigence, les photographes font interpréter leurs négatifs et retranscrire leur style. Robert Charles Mann excelle dans cet exercice et travaille pour Hollywood Reporter, Exposure et d’autres magazines de prestige. Il devient l’un des tireurs les plus recherchés, assiste Herb Ritts, collabore avec Helmut Newton, Dennis Hopper et bien d’autres.
Le sténopé, son appareil photo
Il finit par créer son propre laboratoire et suit ses photographes, jusqu’à Paris, où il s’établit à la fin des années 1980. « La notoriété ne faisait pas tout, se souvient-il, j’ai commencé dans ma cuisine ! » Dans les années 1990, à la faveur de rencontres inattendues, il tombe amoureux d’une maison à Chaumont-sur-Loire, dans laquelle il vit désormais. C’est à cette même époque que le sténopé s’invite dans son process : un appareil photo sans objectif. « On retrouve les effets des origines de la photographie, des années 1880. »
Cet appareil n’est qu’une simple « boîte », percée d’un trou d’à peine un demi-millimètre, au fond de laquelle il appose un papier sensible, d’une taille comparable à un A4. En entrant dans la boîte noire, la lumière insole le papier.

Robert Charles Mann utilise ce procédé pour créer ce qu’il appelle les Solargraphes. « Je positionne le sténopé dans un espace naturel, et je laisse la lumière entrer plusieurs jours, voire plusieurs mois. » L’image obtenue est scannée avec une infinie précision, jusqu’à « peser » 1 Go. Les tons pâles et peu contrastés sont révélés, accentués, détournés par les logiciels, pour donner l’image étonnante d’un soleil qui passe et repasse devant l’objectif.
Les tirages sont ensuite confiés à un imprimeur, qui les transcrit en grands formats sur papier coton. Ainsi naissent les œuvres de Robert Charles Mann, qui s’est définitivement séparé de ses vieux appareils 24×36 et numériques. « Maintenant, je fabrique mes propres sténopés et j’invente les images qui vont avec, comme le rendu des bougies que je fais tourner sur des platines disques. »




