Chambord est aussi un vignoble

Le parc de Chambord recèle 14 hectares de vignes. Un vignoble de plusieurs cépages du terroir assorti d’un chai dernier cri, qui permet au domaine national de produire plusieurs dizaines de milliers de bouteille par an.

Chambord a connu cette année ses sixièmes vendanges dans son vignoble bio, exposé plein sud, le long du mur d’enceinte d’époque François Ier, avec vue sur le château. Et ces vendanges ont été « exceptionnelles », annonce-t-on au domaine national. « C’est une très belle récolte qui laisse espérer un beau millésime 2023. Les vignes ont été épargnées par la grêle et ont connu de belles journées ensoleillées, accompagnées par des températures douces. » Les 14 hectares de romorantin, pinot noir, sauvignon, orbois et gamay ont aussi été préservés du gel de printemps.

Lointaines héritières du vignoble de Chambord du XVIe siècle, ces vignes devraient permettre cette année au domaine national de produire plus de 80 000 bouteilles estampillées Chambord : un rouge gamay-pinot noir, un autre rouge vieilli en fût de chêne issu de la forêt de Chambord (nouveauté 2022), un vin blanc orbois-sauvignon, tous trois en AOC Cheverny, et un autre blanc, pour le moment sans indication géographique.  

Ce vin blanc est issu du romorantin, un cépage très rare introduit en Sologne par François Iᵉʳ. Et ces 4 hectares de romorantin à Chambord ont une origine hors du commun : ils proviennent par bouturage d’une vigne non greffée datant de 1840 environ, soit avant l’arrivée du phylloxera dans la région, et bichonnée par Henry Marionnet et son fils Jean-Sébastien, vignerons à Soings-en-Sologne.

Le domaine national pourrait vendre à l’avenir ses romorantins sous l’AOC Cour-Cheverny, dont l’aire géographique fait actuellement l’objet d’une révision sous l’égide du syndicat des vignerons et de l’Inao. Il se pourrait même que l’AOC Cour-Cheverny se transforme… en AOC Chambord : l’ancien directeur du domaine national Jean d’Haussonville en avait publiquement exprimé le souhait, tandis que le syndicat des vignerons n’y serait pas opposé.

Dès sa création en 2015, le vignoble de Chambord a eu pour mission de générer des revenus pour le domaine national, dont l’entretien ne peut être assuré avec les seuls crédits de l’État. Son nouveau directeur, Pierre Dubreuil, a récemment annoncé que des planchers risquaient de s’effondrer au château. De très lourds investissements sont nécessaires.

Chambord, qui a développé toute une panoplie de produits divers sous sa marque, commercialise ses vins entre 15 et 30 € la bouteille, dans sa boutique, dans des restaurants et des cavistes, ainsi que par mécénat. Plusieurs centaines de ceps de vigne et des cuves du chai ont ainsi été « parrainés » par des particuliers et des entreprises, dont une distillerie écossaise de whisky…

Dans un récent rapport sur Chambord, la Cour des comptes a cependant pointé le caractère déficitaire du vignoble du domaine national, meurtri par le gel en 2021. Mais, en 2022, la direction de Chambord tablait officiellement sur l’objectif de récolter de ses vignes un revenu de plus de 1 million d’euros nets par an, et de faire de Chambord « un ambassadeur des vins de Loire ».

Ingrid Proust