Il y a deux décennies, la Sologne était correctement peuplée en sangliers, ils y sont aujourd’hui terriblement surabondants. La situation commence, même si cela peut sembler paradoxal, à menacer le devenir de l’espèce.
Il suffit de parcourir quelques kilomètres en Sologne pour bien saisir que les sangliers y foisonnent. Les bords des routes sont défoncés, les herbages labourés, les cultures non protégées par des clôtures dévastées. Les automobilistes qui circulent la nuit en Sologne redoutent à tout moment de voir surgir des sangliers devant leur véhicule. Certains d’entre eux s’aventurent même parfois la nuit jusqu’au cœur des villages. Cette explosion démographique du sanglier découle de plusieurs facteurs. Le développement de la culture du maïs dont il raffole. Les agrainages déraisonnables sur certains territoires de chasse pour tenter d’y attirer plus d’animaux que sur les domaines voisins, avec les surenchères que cela déclenche. Le climat de plus en plus doux qui réduit considérablement la mortalité des jeunes durant les jours suivant leur naissance. Enfin la présence désormais avérée du loup en Sologne – le Cher, le Loir-et-Cher et le Loiret sont référencés « départements sous dispersion » par l’Observatoire du loup en France – qui en complique la chasse.

Quelques loups vagabondant suffisent en effet à réveiller les comportements de défense en sommeil depuis des siècles dans les gènes des sangliers. Ceux-ci redeviennent en alerte à tout moment. Lorsqu’une compagnie de sangliers s’endort, l’un d’eux reste aux aguets et au moindre indice inquiétant il réveille les autres et ils fuient dans l’instant. Il suffit ainsi, lors d’une traque, qu’un seul chasseur ne gagne pas son poste dans le silence le plus absolu pour que le carré se vide avant d’être cerné. S’il a pu être encerclé en totale discrétion, les sangliers ne fuient plus devant les chiens. Ils cherchent simplement à les esquiver et s’ils n’y parviennent pas, ils les affrontent comme ils en ont engrangé la mémoire durant des millénaires pour protéger leurs jeunes face aux loups. Ce qui les amène, et ce n’est pas le moindre problème qu’ils causent, à blesser ou même à tuer de plus en plus de chiens en action de chasse. Ils tournent également beaucoup plus dans la traque au lieu de chercher à en sortir, pour se jouer des rabatteurs sans jamais franchir une ligne de tir. Les sangliers, malgré la pression de chasse accrue qu’ils subissent, pullulent ainsi comme jamais cela n’a existé en Sologne. Engendrant un déséquilibre préoccupant au sein de notre magnifique région… dont les sangliers constituent pourtant des hôtes aussi essentiels qu’infiniment attachants !

Quand la nature régule…
La nature corrige toujours les débordements dans lesquels elle s’est laissée entraîner par des excès opposés. Si nous ne parvenons pas à réduire les effectifs de sangliers, elle finira par s’en charger. Probablement par une terrible épidémie, dont la maladie d’Aujeszki, celle de l’œdème du sanglier ou la peste porcine sont peut-être les premières annonciatrices, qui éliminera 80 ou 90 % de l’espèce. Telle la myxomatose en d’autres temps avec les populations de lapins. Il faudra ensuite au sanglier plusieurs décennies pour simplement revenir à un peuplement en équilibre avec son environnement. Il serait bien triste pour notre chère Sologne que la nature en arrive là…



